" Au Japon, on n'étudie pas un art
pour l'amour de l'art, mais pour les clartés spirituelles qu'il dispense. Si l'art s'arrête à la forme extérieure, s'il ne conduit pas aux profondeurs essentielles, autrement dit s'il ne devient pas
une forme de spiritualité, le japonais ne l'estime pas digne d'être étudié. "
D.T. SUZUKI
Si l'art de dresser les pierres,
tailler des arbres à la japonaise ou ratisser des mers de gravier paraît souvent lié au zen, la lecture approfondie du Sakutei-ki permet de découvrir que c'est l'inverse, en fait, qui s'est produit.
C'est par la création de jardins en suivant les préceptes anciens, que les moines bouddhistes zen ont trouvé un de leurs moyens de parvenir à l'éveil ou satori, par l'expression de Soi.
Il est effectivement possible de pratiquer l'art de la taille japonaise ou création de niwaki, en lui donnant une dimension spirituelle, sur le modèle des moines jardiniers dans les
temples bouddhistes zen, en l'utilisant comme support de méditation.
(Note: Le mot japonais "zen" composant ici le terme "NIWAKIZENDO" n'est pas employé dans un contexte religieux,
mais simplement dans sa traduction littérale signifiant "méditation").
Ki est le terme japonais qui désigne l’énergie ou
essence vitale. C'est la force qui réside à l’intérieur de notre corps et dans
tout l’univers, et qui engendre la vie. Elle se retrouve citée dans de nombreuses cultures sous d’autres noms à travers le monde. Mais Ki n’est pas l’équivalent de l’énergie à proprement
parlé; il s’agit d’un élément plus subtil, apparenté à la force créative qui préside à la vie et au mouvement.
L’univers est un lieu sacré, un macrocosme où toutes choses sont interdépendantes. S’autocréant, il se maintient et se développe selon un
modèle d’évolution perpétuelle qui se retrouve dans tout phénomène individuel. C’est ainsi que le corps est perçu comme un microcosme sacré qui, en suivant le Dô signifiant le "Chemin",
la "Voie", équivalent japonais du Tao, est en mesure de s’accorder au flux du pouvoir cosmique et de purifier l’univers en se purifiant lui-même à l’intérieur, par toute pratique de méditation.
La méditation participe au développement d’une attitude d’esprit dont les principales caractéristiques sont de vivre le présent, dans l’ici
et le maintenant, le retour à l’origine ou sortir des considérations égotiques pour trouver son vrai moi, et la non pensée ou se détacher des idées et de l’intellect. Comprendre ainsi que le seul
adversaire, c’est nous-mêmes. Elle permet de se libérer de la prison des connaissances, des comportements appris, des idées fixes, des préjugés, des habitudes limitatives, pour parvenir à
l’éveil, c'est-à-dire à l’unification du corps, du mental et de l’esprit.
L’idéal est qu’elle ne se limite pas aux postures, mais concerne plutôt tous les gestes et actes du quotidien ou s’exercer à la pleine conscience
dans chaque acte de sa vie familiale, sociale et professionnelle. Ce travail sur le corps, le mental et l’esprit concerne aussi évidemment le domaine des arts, notre créativité et notre unité
intérieure étant deux formes différentes d'une seule et même chose, l'expression de notre propre intégrité… Ici, la perfection recherchée n’est pas extérieure, elle se concentre sur la recherche
d’une transformation intérieure, dénuée de tout esprit de compétition.
Une méditation en mouvement
Cette méditation peut être pratiquée de manière dynamique, en mouvement. C'est alors dans l'activité elle-même, ici la taille
japonaise ou niwakizendô©, que nous trouvons notre véritable paix intérieure.
Tel un exercice et non une performance à réussir, sa répétition quasi quotidienne opère un travail minutieux sur l’âme. Laisser passer
les pensées
après en avoir pris conscience un instant et revenir au relâchement des tensions, à la respiration et à l'activité. Petit à petit, on n’est plus dans le contrôle, on lâche prise et ce travail libère l’esprit,
notre nature profonde, transformant ce travail, cette activité en voie de réalisation intérieure. Pratiqué sans but, ni profit, sans recherche d’un résultat, sans compétition, c’est un patient et
minutieux travail pour unifier le corps, le mental et l’esprit et parvenir au geste juste, authentique, tout en élevant sa conscience.
Sur le modèle de la calligraphie zen ou hitsuzendô, où le principe cosmique, l'inspiration, une spontanéité créatrice insuffle sa vitalité,
par le biais du pinceau et dans le traçage de l'idéogramme, participant ainsi à la connaissance de Soi à travers le mouvement, il s'agit de réaliser chaque action avec intensité, le but étant de
vivre pleinement le présent, dans le calme et le silence, au travers de la taille japonaise, la création de niwaki. Tout comme le fait de ratisser afin de créer et de recréer un jardin sec ou karesansui,
elle calme le mental et favorise le centrage méditatif, libérant notre créativité et participant à notre unité intérieure.
Créativité et unité intérieure
Il s'agit ici de retrouver la joie de l'enfance lorsque nous utilisions nos mains pour découvrir le monde, créer et manifester ce que
nous désirions. Nos mains sont notre mécanisme primaire de connexion avec la vie, elles sont des instruments nous permettant d'exprimer notre créativité et notre originalité. Utiliser nos mains
nous remet en contact avec notre monde intérieur. Les textures différentes du végétal nous donnent de l'inspiration et par là même nous permettent de nous enraciner à travers le toucher.
Il suffit simplement que notre intérêt nous motive dans la disposition à pratiquer la taille japonaise, à créer des niwaki.
Au delà de l'aspect technique, il y a, à l'intérieur de nous, en chacun de nous, un geste authentique, l'inspiration, une spontanéité
créatrice, un élan vital, quelque chose d'inné, quelque chose qui est à nous, à nous seul et que personne ne peut nous enseigner ou nous apprendre, un présent, un talent unique. Il est quelque
part dans l’harmonie de tout ce qui a été, de tout ce qui est, de tout ce qui sera. Une fois la technique connue, intégrée, il s'agit de l'oublier, de laisser faire, d'écouter, de ressentir, jusqu'à ce
que dans notre élan, nous fassions partie d'un Tout, jusqu'à appartenir au Tout.
Cet art du niwaki est un moyen de trouver le "Chemin", la "Voie". C'est la quête de quelque chose et nous la trouvons, en faisant
en sorte de nous placer exactement au milieu, à l’intérieur, en plein cœur. Il y a beaucoup d’effets à notre disposition. Mais, il n’y a qu’un seul geste qui soit en harmonie avec le "Chemin", la "Voie",
un seul, et c’est le geste authentique, notre essence, l'expression de notre style. Nous allons être choisi par lui, le geste parfait est là, il se tient prêt à s’inviter en chacun de nous. Tout ce que nous
avons à faire, c’est d’éviter de nous placer en travers de sa route. C’est lui qui nous choisi. Il EST le "Chemin". Il EST la "Voie".
A cet instant précis, tout ce qui peut exister ne forme plus qu’un. Nous cherchons cet endroit maintenant avec notre âme. Nous le
cherchons avec nos mains, sans y réfléchir, nous le sentons. Nos mains sont plus sages que notre tête ne le sera jamais. Il n’y a que ce "Chemin", cette "Voie", cet arbre, notre instrument de
taille et ce que nous SOMMES.
Parce que notre notre créativité et notre unité
intérieure sont deux formes différentes d'une seule et même chose, l'expression de notre propre intégrité...
" Pourquoi dire en mille mots ce qui
peut-être dit en quelques-uns, aller à l'essentiel, tel est le Zen. Suggérer sans jamais imposer, telle est le principe d'un vrai maître, ce de coeur à coeur ou d'esprit à esprit. "
Pensée de TCHAMBA
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